Un rappel historique, nous permet de voir les étapes de la construction européeene et de poser les questions institutionnelles, non résolues.
l'Union européenne (UE) ne progresse jamais mieux que sous la menace :
Défiée par le nationalisme russe dans le Caucase, balayée par la déferlante financière venue d'Amérique, l'Europe revit.
Sous la médiation de Nicolas Sarkozy, président en exercice de l'UE, elle a su conserver un front uni dans la crise géorgienne.
Les sceptiques en mesurent mal l'impact psychologique, cinq ans après les traumatismes sur la guerre en Irak qui avaient divisé la "vieille" et la "nouvelle" Europe.
Surtout, l'UE a présenté, dimanche 12 octobre, un plan coordonné et massif pour endiguer la crise financière.
A crise exceptionnelle, mobilisation exceptionnelle : on invite le premier ministre britannique Gordon Brown, l'homme de la livre sterling et de la City, à la réunion des dirigeants de la zone euro et on met entre parenthèses les sacro-saintes règles de concurrence ou budgétaires.
L'Europe élargie parviendrait-elle à réaliser ce qu'elle a été incapable d'accomplir depuis Maastricht (1991) : une Europe politique, dotée d'une politique étrangère commune et d'un gouvernement économique ?
Historiquement, l'Europe n'a progressé que sous la contrainte.
En 1950, le Vieux Continent est aux abois. La guerre de Corée va éclater, tandis que le redémarrage de la sidérurgie allemande terrorise une France aux tentations protectionnistes. "'La guerre jugée inévitable' : on a peine aujourd'hui à reconstituer cette psychose de 1950 que les événements n'ont pas confirmée", écrit Jean Monnet dans ses Mémoires. C'est lui qui proposera, dans la déclaration Schuman du 9 mai 1950, la mise en commun du charbon et de l'acier pour rendre la guerre entre la France et l'Allemagne "non seulement impensable mais matériellement impossible". Le saut, historique, est fondateur : une autorité supranationale gère l'industrie la plus stratégique de l'époque pour le compte d'anciens ennemis.
Dans les années 1980, la menace est économique : après les chocs pétroliers des années 1970 et la montée en puissance du Japon, il faut moderniser l'industrie européenne, alors que Margaret Thatcher et Ronald Reagan ont lancé la révolution néolibérale. François Mitterrand a besoin de l'Europe pour justifier la rigueur de 1983. Jacques Delors, président de la Commission européenne, lance le grand marché de 1992, avec ses quatre libertés de circulation (marchandises, services, travailleurs, capitaux). C'est l'acte unique européen de 1986, qui consacre une deuxième révolution : l'abandon du droit de veto au profit du vote à la majorité, qui permet de réaliser toutes les ambitions du traité de Rome (1957).
En 1989, survient la chute du mur de Berlin. Il convient de faire l'Allemagne sans défaire l'Europe. Une grave brouille oppose François Mitterrand, qui visite la RDA moribonde, et Helmut Kohl, qui tarde à reconnaître la frontière orientale de l'Allemagne. Les deux hommes se ressaisissent et lancent à Maastricht la monnaie unique. L'idée avait été esquissée par leurs prédécesseurs Valéry Giscard d'Estaing et Helmut Schmidt avec le système monétaire européen, créé après l'effondrement du régime de change fixe en 1973. Seule l'inquiétante unification allemande permit de boucler le projet.
Trois actes fondateurs, encadrés de périodes de stagnation. C'est particulièrement vrai après Maastricht. Affranchie de la guerre froide et de la question allemande, l'Europe s'endort dans les illusions de la fin de l'Histoire. "Elle paie les dividendes de la paix", résume Jean-Louis Bourlanges. L'Allemagne réunifiée a atteint ses objectifs. La France renonce.
D'élargissements (1995, 2004, 2007) en traités institutionnels mal ficelés (Amsterdam, Nice, Lisbonne), l'Europe s'échoue sur les "non" aux référendums français et néerlandais (2005) puis irlandais (2008).
Jusqu'à la crise actuelle, qui peut être salutaire si d'autres ingrédients sont rassemblés. D'abord, une double entente franco-allemande et euro-atlantique est indispensable.
L'antiaméricanisme du général de Gaulle puis l'antigermanisme de Georges Pompidou ont bloqué l'Europe de 1963 à 1974. Brouillé avec Berlin puis avec Washington, Jacques Chirac l'a laissée en déshérence. Au contraire, la IVe République était pro-américaine et sincère dans sa main tendue à l'Allemagne, tandis que les avancées des années 1980 n'ont été possibles que parce que François Mitterrand avait choisi le camp occidental et soutenu Helmut Kohl, en demandant, devant le Bundestag en 1983, de protéger l'Allemagne contre les missiles soviétiques. M. Sarkozy, lui, a clos la brouille franco-américaine - il va devoir gérer le retour de Washington sur la scène internationale après l'élection américaine - et s'efforce de surmonter sa faible sympathie pour Angela Merkel.
Mais, pour une fois, ce n'est pas la France qui risque de manquer de volonté politique, autre ingrédient indispensable, mais l'Allemagne. A un an des élections, la chancelière est paralysée par sa cohabitation avec les sociaux-démocrates, incapable de faire évoluer sa vision de l'Europe, datée des années 1990 et fondée sur le respect obsessionnel du pouvoir des Länder.
LA QUERELLE INSTITUTIONNELLE
Troisième problème à résoudre : la lancinante querelle institutionnelle. "Rien n'est possible sans les hommes, rien n'est durable sans les institutions", écrivait Jean Monnet. L'adage se vérifiera lorsque M. Sarkozy va s'effacer le 1er janvier 2009 derrière le président tchèque, Vaclav Klaus, et son premier ministre, Mirek Topolanek, eurosceptiques notoires.
Le blocage irlandais au traité de Lisbonne empêche, pour l'instant, l'Europe de se doter d'une présidence stable, voire forte. Et nul ne compte sur le président de la Commission pour pallier cette faiblesse : obsédé par sa reconduction pour un second mandat, José Manuel Barroso n'a jamais formulé la moindre proposition audacieuse.
Le dernier obstacle concerne le contenu d'un sursaut européen.
Incapables depuis Maastricht, sans doute pour de bonnes raisons, de faire un saut fédéral dans des domaines clés (économie, défense, politique étrangère), les Européens sont bien en peine d'élaborer un entre-deux efficace. Si les crises géorgienne et financière s'estompent, la volonté de relance politique et l'imagination pourraient vite s'émousser. Le plus grand risque serait de se rassurer en trouvant que, au fond, l'Europe n'a pas si mal fonctionné.
Comment la crise a renforcé l'Union européenne :
Après avoir d'abord cédé à leurs divisions, les Européens se sont enfin mis d'accord sur une réponse concertée. Mais le différend franco-allemand subsiste
http://www.lexpress.fr/actualite/economie/comment-la-crise-a-renforce-l-union-europeenne_590556.html




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