Patrick Artus
Olivier Pastré
Alors que jusque-là la «pensée unique» faisait du libre-échange «l'alpha et l'oméga» de la croissance, un
certain nombre d'économistes, et non des moindres,et non des moins libéraux, se sont misà reconsidérer le protectionnisme avec un regard que Friedrich List n'aurait pas
désavoué.
Rien d'étonnant à ce que Joseph Stiglitz, le prix Nobel d'économie vivant aujourd'hui qui se situe le plus à gauche sur l'échiquier politique, soitde ceux-là.
Plus étonnant, Paul Krugman, lui aussi prix Nobel, s'est fait le défenseur des subventions européennes octroyées à Airbus en faisant valoir que celles-ci avaient le mérite de
mettre fin au monopole mondial de Boeing.
Plus étonnant encore, Jagdish Bhagwati, grand défenseur devant l'éternel du libéralisme, reconnaît que l'État se doit de rectifier, par des taxes et des subventions, les
distorsions qui existent dans la concurrence internationale.
Plus troublant encore, presque surréaliste, le protectionnisme a trouvé comme thuriféraires l'archilibéral Paul Samuelson (rappelez-vous le théorème
Heckscher-Ohlin-Samuelson) et l'ultralibéral Maurice Allais, l'un et l'autre, eux aussi,prix Nobel.
La noblesse d'un tel parrainage a de quoi faire rêver.
Sur le plan des faits, le bilan paraît contrasté.
Il est, certes, des travaux, notamment historiques, qui viennent en appui de la thèse du «protectionnisme efficace».
Ainsi en est-il, par exemple, des travaux de Dani Rodrik qui visent à démontrer que les pays émergents qui ont connu la croissance la plus rapide au cours des dernières
décennies sont ceux qui ont été les moins libéraux et, surtout, ceux qui ont le plus radicalement tourné le dos au «consensus de Washington» imposé dans les années 1980-1990 par le FMI.
Paradoxe : la mondialisation aurait réussi à ceux qui n'en respectaient pas les règles !
Mais de nombreux travaux démontrent le contraire.
Jeffrey Sachs et Andrew Warner ont ainsi montré que, sur la période 1970-1995, les pays «ouverts» ont connu une croissance annuelle moyenne de 4,5 % contre 0,7 % pour les pays
fermés.
Les «gagnants» du protectionnisme seraient ainsi les pays d'Europe centrale et les pays émergents d'Asie autres que la Chine : ces pays continueraient à
exporter et réduiraient leurs importations.
Les «plus grands perdants» seraient la France, le Royaume-Uni, l'Espagne, l'Italie et la Chine : ces pays perdraient des exportations et ne réduiraient pas beaucoup leurs
importations.
Le keynésianisme raconté aux enfants : un réel danger
Avec la crise, de nombreux partis d'opposition (le PS en France, par exemple) ont suggéré - avec d'autant plus de ferveur que les promesses n'engagent que
ceux qui y croient - de relancer la demande des ménages.
Mais certains gouvernements ont aussi fait ce choix.
Ainsi en a-t-il été aux États-Unis, au printemps 2008, avec les transferts massifs aux ménages opérés par un George Bush en fin de règne.
Plus récemment, Gordon Brown en a fait de même au Royaume-Uni avec une baisse historique de la TVA.
Et, à un moindre degré, le «paquet fiscal» octroyé à l'été 2008 par Nicolas Sarkozy, fraîchement élu, relève de la même philosophie.
La part du soutien de la demande des ménages dans les plans de relance peut ainsi être évaluée à 50 % aux États-Unis, 88 % au Royaume-Uni, 50 % en
Allemagne, 12 % seulement en France, 36 % en Espagne et 75 % en Italie.
Retour aux bons vieux préceptes keynésiens qui sont supposés avoir permis à l'économie mondiale de sortir de la crise de 1929 : en relançant la
demande, on offre des débouchés aux industries, qui peuvent ainsi créer des emplois et donc réalimenter la pompe de la consommation.
La logique est apparemment implacable.
Sauf que l'on n'est pas en 1945.
Ce «keynésianisme raconté aux enfants» s'appuie sur un certain nombre de fondements qui ne prêtent à aucune contestation.
Il est vrai ainsi que, le crédit n'alimentant plus la demande des ménages, il n'est pas absurde de soutenir celle-ci.
De même, il est vrai, dans un premier temps au moins, que la dette privée n'augmentant plus, il est possible d'accroître la dette publique sans faire apparaître d'«effets d'éviction» (des
hausses de taux d'intérêt qui réduiraient encore davantage la demande privée).
C'est toutefois compter sans un certain nombre d'arguments qui devraient définitivement disqualifier toute relance, a fortiori globale, de la demande des
ménages.
En premier lieu, si les ménages veulent se désendetter, le soutien de leur revenu n'aboutira pas à un supplément de demande, surtout pour les biens liés au
crédit (immobilier et automobile notamment).
Par ailleurs, la baisse de la demande des ménages due à l'arrêt de la hausse des crédits est permanente.
Il faudrait donc des hausses de dépenses publiques permanentes - et une hausse presque infinie de l'endettement public - pour compenser cette
carence.
Quel beau cadeau fait à nos enfants, alors que nous leur avons déjà fait hériter du financement de nos
retraites !
Enfin, la relance de la demande ne pourrait que déboucher sur une hausse massive des importations, compte tenu de la nouvelle structure de
consommation des ménages dans la plupart des pays.
L'analyse économétrique montre ainsi qu'une relance budgétaire de 1 point de PIB menée dans le seul pays conduirait à une hausse des importations de 0,5 point de PIB aux États-Unis, de 0,6
point de PIB dans la zone euro, de 0,3 point de PIB au Japon et de 1,3 point de PIB en Chine.
http://www.lasemaine.fr/2009/07/01/patrick-artus-economiste-francais-des-indices-de-sortie-de-crise-
https://www.xing.com/net/mada/forum-de-discussion-334763/sortie-de-crise-hors-de-la-chine-point-de-salut-21226900/
http://www.knock-on-wood.net/article-33556003.html
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Fondamentalement, il y a deux sorties de crise possibles.
Nous pourrions les matérialiser par les propos de deux experts reconnu de tous :
M Marc FABER et M Patrick ARTUS.
Pour Marc FABER, l'issue ne fait aucun doute :
C'est l'hyperinflation aux USA
Pour Patrick ARTUS,( cliquer ) la sortie est plus complexe. L'inflation ne pointe pas le bout de son nez car les banques fédérales monétisent les déficits et empêchent les taux de monter.
L'excès de liquidité profite donc aux matières premières et peut créer des bulles sur les actifs.
Les matières première et les bulles ont un effet négatif sur l'activité des pays de l'OCDE.
En l'absence d'inflation, la charge de la dette exige aux états une rigueur budgétaire et une hausse de la pression fiscale : les ménages conscients de ce schéma épargnent en prévision.
Enfin, l'épargne est canalisée vers le financement des déficits publics et n'est plus disponible pour assurer le financement des entreprises.
Les entreprises doivent donc autofinancer leurs investissements ou les réduire.
L'accumulation de ces trois faits conduit à une reprise "molle" jusqu'à complète résorption de la dette ...
http://cozop.com/leblogpatrimoine/marc_faber_vs_patrick_artus_deux_visions_de_la_sortie_de_crise
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http://www.iemniae.univ-nantes.fr/tripier-f
Un jeune chercheur de l'université de Nantes, Fabien Tripier, a eu la
bonne idée de regarder ce qui s'était passé dans les années 1930, en France et aux Etats-Unis.
Les résultats qu'il a présentés lors du colloque de l'Association française de science économique le mois dernier sont éclairants.
Le poids des salaires dans le revenu national a progressé de 9 % en France et de 15 % aux Etats-Unis de 1929 à 1932, avant les mesures sociales de Léon Blum
et de Franklin Roosevelt.
Tripier a aussi travaillé sur les fluctuations du partage dans onze pays développés au cours des quarante dernières années.
Il parvient au même constat - la part du travail monte quand la conjoncture va mal, elle descend quand ça va mieux.
D'où sa conclusion, prudente mais claire : « Ces résultats suggèrent que nous devrions observer, dans la
période à venir, une progression de la part du travail dans les revenus d'autant plus forte que les économies seront affectées par la
crise. »http://www.iemniae.univ-nantes.fr/tripier-f
Il y a au moins deux bonnes raisons pour que le travail soit moins frappé que le capital par un recul de l'activité
:
- La première est théorique.
Le capital, donc l'actionnaire, porte le risque.
Par beau temps, sa rémunération s'envole.
Par mauvais temps, elle s'effondre.
C'est normal, dans un sens comme dans l'autre.
- La seconde est pratique.
Quand la tempête survient, le capitaine n'a pas le temps de rentrer la voile, donc d'abaisser les effectifs salariés.
En France, dans l'industrie, la production a baissé de 16 % de la mi-2008 à la mi-2009, et l'emploi de « seulement » 4 %.
Mais, cette fois-ci, le partage va-t-il basculer à nouveau du côté des salariés ?
Patrick Artus, économiste en chef de Natixis, en doute.
D'abord, l'endettement privé ne sera plus là pour alimenter la croissance, qui va donc rester faible pendant des années ;
le chômage va monter ;
les salariés auront du mal à arracher des augmentations.
Au Japon, aux Etats-Unis, en Allemagne, les salaires baissent d'ailleurs depuis le début de l'année.
Ensuite, la montée de la dette publique va limiter les ressources disponibles sur les marchés financiers pour les entreprises, qui vont donc devoir trouver en elles-mêmes de
quoi payer leurs investissements.
Enfin, les épargnants et les investisseurs continuent d'exiger des rendements très élevés.
Ils refusent de porter les risques.
Ici, il y a une vraie différence avec les années 1930.
Lors de la Grande Dépression, le
capital était détenu pour l'essentiel par quelques dizaines de milliers de foyers.
Aujourd'hui, il l'est par des centaines de millions de personnes :
les retraités et futurs retraités, dans les pays où la retraite fonctionne par capitalisation - et aussi les autres, où les habitants achètent des actions ou des Sicav pour compléter
leur retraite par répartition.
Avec cette formidable démocratisation du capital et donc du capitalisme, le rapport de forces avec le travail a complètement changé.
Mais, comme dans les années 1930, c'est dans le nouveau partage des richesses que se jouera la croissance
des années à venir.
http://www.lesechos.fr/info/analyses/020179684940-partage-de-crise.htm
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