Maisons en Bois et Patrimoine

On est loin d'un « Bretton Woods II », mais c'est un vrai pas en avant. En pleine transition à la Maison-Blanche, on pouvait difficilement espérer plus du sommet du G20 sur les marchés financiers et l'économie mondiale qui s'est tenu, ce week-end, à Washington : un plan d'action avec « clause de rendez-vous » au 31 mars 2009. Selon son principal initiateur, Nicolas Sarkozy, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, c'est déjà un résultat « historique ». Malgré l'absence d'initiative majeure, ce plan d'action marque la volonté commune des membres du G20 de « restaurer la confiance ». Mais sa mise en oeuvre reste tributaire du calendrier politique américain.

« C'est un sommet qui apporte des réponses structurelles à la crise financière et aussi des réponses à la crise économique », s'est félicité Nicolas Sarkozy, tout en évoquant « une profonde réforme des règles issues de Bretton Woods ». Il a également souligné « l'unité sans faille » affichée par l'Europe et la « très grande loyauté de Gordon Brown ». En substance, la déclaration du sommet du 15 novembre prévoit une relance concertée et coordonnée de la croissance par des mesures fiscales et budgétaires et par la politique monétaire, une meilleure coordination de la régulation des marchés financiers et une réforme de la gouvernance des institutions financières internationales. Outre une série de mesures techniques destinées à renforcer « la transparence et l'intégrité des marchés financiers », la déclaration commune fixe un échéancier d'« actions immédiates » à réaliser d'ici au 31 mars 2009, en vue d'un prochain G20 que Nicolas Sarkozy verrait bien se tenir à Londres avant le 30 avril. Faute de hiérarchisation, la déclaration du G20 ressemble, toutefois, à un catalogue de mesures disparates destinées à pallier l'absence d'impulsion majeure.

Concessions significatives

Sur la réforme de la régulation, la déclaration insiste sur le renforcement de la « coopération entre régulateurs en matière de prévention, de gestion et de règlement des crises ». « Nous n'avons jamais milité pour un régulateur unique au niveau européen, pourquoi le ferions-nous au niveau mondial ? », explique Nicolas Sarkozy. Face aux réticences anglo-saxonnes, les Européens estiment, toutefois, avoir obtenu un certain nombre de concessions significatives en termes de réduction des risques systémiques liés à des instruments financiers tels que les contrats d'échange sur défaillance de crédit (CDS) ou d'encadrement de la rémunération des dirigeants, un thème cher au chef d'Etat français. Instruction est ainsi donnée aux ministres des Finances du G20 de formuler des recommandations d'ici au 31 mars 2009 sur l'harmonisation des normes comptables, la réduction des risques systémiques liés aux dérivés de crédit ou « la révision des pratiques en matière de rémunération en ce qui concerne les incitations à la prise de risque et à l'innovation ». Les banques pourraient voir leurs notes dégradées si elles encouragent la prise de risques inconsidérés. Le texte prévoit aussi une « surveillance stricte des agences de notation », qui seront soumises à une procédure d'enregistrement, une régulation ou une surveillance des « hedge funds » et un renforcement de la coopération des régulateurs nationaux en ce qui concerne les flux de capitaux transfrontaliers.

Au chapitre de la réforme des institutions financières internationales, le G20 se contente de souligner que « les institutions de Bretton Woods doivent être profondément réformées en vue de refléter de façon plus appropriée l'évolution des poids économiques dans l'économie mondiale ». A court terme, c'est le Forum de stabilité financière, créé en 1999 et présidé par l'Italien Mario Draghi, qui est appelé à « s'élargir à des économies émergentes ». L'idée est de faire entrer des pays tels que la Chine, l'Inde ou le Brésil dans ce forum « centré sur la production des normes ». Mais Nicolas Sarkozy n'a pas caché que le FMI doit conserver une « place centrale » dans la nouvelle architecture internationale. Enfin, tout en rejetant le protectionnisme, le G20 s'engage à définir, dès cette année, « les modalités » conduisant à la conclusion d'un accord sur la libéralisation du commerce dans le cadre du cycle de Doha à l'OMC.

« Tout y est. On a voulu transposer la solution européenne en s'efforçant de perdre le moins », se félicitait, ce week-end, un négociateur européen. « C'est historique qu'aux Etats-Unis, l'administration accepte de faire mouvement sur des sujets où historiquement toutes les administrations américaines avaient refusé d'évoluer jusqu'ici », a renchéri Nicolas Sarkozy à Washington. « Tout y est », mais rien ne ressort vraiment.
En l'absence de Barack Obama, le démarrage effectif du chantier a été forcément renvoyé à mars 2009.


Source : Les Echos
Lun 17 nov 2008 Aucun commentaire